Émancipation 17
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Il n’y a pas d’autre choix que la lutte !

mercredi 3 septembre 2008, par Emancipation 17

Au terme de l’année scolaire 2007 – 2008 le bilan de l’action syndicale dans l’éducation, aussi bien au niveau national que départemental, laisse un goût amer à toutes celle et tous ceux qui se mobilisés, syndiquéEs ou non. Mais ce n’est pas une raison pour céder au renoncement.

Ce n’est certes pas la première fois que des luttes déterminées n’aboutissent pas, beaucoup se souviennent du mouvement de 2003. Ce n’est pas la première fois non plus que des batailles sont perdues faute d’avoir été véritablement menées. CertainEs se souviennent peut-être des centaines de milliers de manifestantEs qui se sont retrouvéEs trois ou quatre fois dans l’année 2004, dont des samedis, pour défendre la Sécurité Sociale, et chacunE peut voir aujourd’hui où en est le système de santé.

Pourtant, la situation syndicale dans l’Education Nationale, à la veille des vacances 2008 et de la prochaine rentrée scolaire, a quelque chose d’inédit.

Une puissante volonté de lutte en 2007-2008

On ne peut pas refaire ici un historique détaillé de l’année 2007 – 2008, mais il faut quand même rappeler la montée d’un mouvement étudiant et lycéen aux mois d’octobre et novembre, le refus de plusieurs directions syndicales nationales et départementales (SGEN, UNSA, FSU, FO), d’appeler clairement à la grève unitaire le 18 octobre contre les suppressions de postes et la politique éducative dans son ensemble, puis le refus des mêmes directions et de celle de l’UNSEN-CGT, de préparer la reconduction de la grève malgré le succès du 20 novembre et malgré le contexte porteur de la mobilisation des étudiantEs et des cheminotEs. Il faut rappeler aussi la décision dès le mois de novembre d’une journée de grève isolée, le 24 janvier, affirmant ainsi clairement la volonté des directions de ne pas tenir compte du rythme des mobilisations en cours. Et pourtant ce fut à nouveau une journée de forte mobilisation. Dès le mois de février, sans aucun appui de la part des directions nationales dites « représentatives », une volonté de lutte forte et durable s’est de nouveau manifestée, touchant aussi l’enseignement professionnel avec le projet de réforme des bacs professionnels. Des grèves reconductibles ont démarré en Île de France et dans plusieurs autres académies ou départements, des coordinations régionales d’établissements en lutte, des rencontres nationales, se sont mises en place en mars.

Les directions syndicales : des stratégies coupées des luttes

Mais les directions nationales, pour la plupart, ont refusé d’accompagner le mouvement pour lui donner une ampleur nationale indispensable. Certaines se sont clairement désolidarisées, d’autres se sont contentées de soutiens formels sans traduction sur le terrain. Elles ont maintenu leur propre rythme de journées de grèves isolées indépendamment du rythme des mobilisations, prenant le risque et peut-être même avec la volonté inavouée de casser la dynamique en cours, en annonçant des mois à l’avance leur prochaine « journée d’action » de 24 heures(18 mars, 15 mai), en évitant soigneusement le mot grève pour certaines directions. La préparation des élections professionnelles, attisant les rivalités d’appareil, fait voler en éclat une unité syndicale de façade. De même les manifestations hors temps de travail du 18 mai (un dimanche, à l’appel de la seule FSU) et du 24 mai (un samedi) sont intervenues comme une stratégie de « démonstration de force », c’est-à-dire de gesticulation vis-à-vis du pouvoir, de la part des appareils syndicaux, plutôt que comme des points d’appui aux mobilisations. Ce qui n’empêche pas, au contraire, de profiter du mouvement, comme ce fut le cas les 15 et 18 mai.

Fin mai et juin 2008 : des inflexions lourdes de sens pour l’avenir Alors que les directions des grandes organisations syndicales n’avaient pas appelé à la grève dans l’Education Nationale, mais seulement à participer aux manifestations, le 22 mai fut à nouveau marqué par de forts taux de grévistes, confirmant à nouveau la disponibilité des personnels pour la grève déjà exprimée le 15 mai. Une dynamique de grève reconductible pouvait se relancer, notamment dans le Premier Degré, des coordinations, des assemblées inter-établissements s’organisaient. Mais deux jours plus tard le grand rendez-vous du 24 mai est un flop retentissant, les deux journées de grève du 10 et du 17 juin, sur deux thèmes différents, l’éducation et les retraites, sont également deux échecs cuisants.

Entre temps, trois évènements se produisent. Le 23 mai, toutes les fédérations de fonctionnaires, y compris Solidaires, annoncent qu’elles signent le « Protocole d’accord sur le dialogue social dans la fonction publique ». Le pouvoir et la presse aux ordres s’en félicitent, la situation ainsi créée est qualifiée d’historique par le gouvernement, qui en profite aussitôt pour présenter son projet de loi sur le service minimum en cas de grève dans les écoles, de même qu’il a profité dans le secteur privé de la signature d’un accord sur la représentativité syndicale pour supprimer de fait les 35 heures.

Le 27 mai on annonce avec grand fracas sur tous les média que plusieurs fédérations de l’Education Nationale ont décidé la suspension du mouvement pour que les examens se déroulent normalement. Ainsi la grève du 17 juin se situe au lendemain du bac philo.

Enfin le 4 juin, la signature par la direction nationale du SNES, syndicat majoritaire du Second Degré, de la « feuille de route » de la réforme des lycées proposée par le gouvernement, est suivie début juillet de la signature de l’UNSEN-CGT.

Un divorce patent

Rarement, le divorce aura été aussi patent entre d’une part les bureaucraties syndicales, prêtes à accompagner toutes les régressions pour préserver leurs intérêts d’appareil, et d’autre part la volonté de lutte des personnels.

Il est tout à fait significatif, dans un tel contexte, que la dernière mobilisation d’ampleur nationale de l’année scolaire, la « nuit des écoles », organisée du 13 au 14 juin, n’a pas été une initiative syndicale. Ce fut une action impulsée par un collectif d’enseignantEs et de parents mobiliséEs dans une école de Loire Atlantique, relayée par la FCPE et par le SNUIPP une semaine après son lancement. Au total 7000 écoles de toute la France se sont jointes à l’appel, l’action a été largement médiatisée. Depuis 10 ans, le discours syndical dominant est qu’il faut négocier les régressions pour éviter le pire. Il s’agit aussi de préserver des intérêts d’appareil, être reconnu comme « représentatif » pour être consulté, recevoir des moyens de fonctionnement.

Mais aujourd’hui ce discours n’est plus crédible. Chaque régression négociée s’enchaîne avec une nouvelle régression, le capitalisme « mondialisé » a supprimé les marges de négociation pour les salariéEs des pays riches. Le renoncement aux acquis historiques du mouvement ouvrier depuis 1945 est entériné, y compris dans notre secteur l’ambition d’un service public d’éducation égalitaire et démocratique.

Revenir au sens même du syndicalisme

L’alternative de reconduction de la journée de grève le lendemain ou quelques jours plus tard, n’est pas apparue crédible, sauf localement dans quelques départements, et le désaveu patent des stratégies d’actions indéfiniment dispersées des directions des grandes organisations syndicales se traduit essentiellement par la désyndicalisation et le refus de la grève.

Nous ne mettons certes pas toutes les organisations syndicales dans le même sac, nous savons bien qu’elles n’ont pas toutes les mêmes analyses et les mêmes discours, et nous faisons bien la distinction entres les directions et les militantEs de terrain.

Le propos ici n’est pas non plus de distribuer les bons et les mauvais points, dans une démarche où l’unité dans les luttes n’aurait rien à gagner. Pour autant il faut cerner clairement où sont les responsabilités dans la situation actuelle, pour déterminer sur quels leviers il est possible de s’appuyer. ChacunE reste convaincuE que seule l’action collective et organisée est à même d’assurer la défense des intérêts des salariés. Dans ce contexte la FSU 17 doit assumer pleinement les responsabilités qui sont les siennes et se mettre totalement au service des luttes. Cela signifie privilégier l’unité avec les personnels et les organisations les plus mobilisés sur la base de revendications unitaires placées dans une perspective de transformation sociale. Cela signifie le soutien sans faille aux Assemblées Générales de secteur, aux coordinations réunissant indistinctement syndiquéEs et non syndiquéEs, susceptibles de choisir et diffuser largement leurs modalités et rythmes de lutte, et la ré-appropriation du syndicat par les syndiquéEs eux-elles-mêmes.

C’est dans cet esprit que nous porterons au CDFD de la FSU 17 la voix de touTEs celles et ceux qui veulent lutter, et dans toutes les autres organisations syndicales où nos militantEs interviennent.

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